« Douce France, cher pays de mon enfance »

Vendredi 20 aout
Après de belles retrouvailles familiales et amicales, je reprends mon périple en solo depuis le village Suisse de Champéry, en fond de vallée.
Le soleil se lève derrière les montagnes, passant doucement au-dessus des crêtes. Juste derrière elles, côté Est, le lac de Salanfe, au bord duquel j’étais 24h plus tôt.
Ce matin, c’est vers l’Ouest que je me dirige pour rejoindre la frontière… Française !

Mon itinéraire du jour est pour le moins imagé, via la route du « Grand- Paradis », puis le « Sentier des contrebandiers ».
Passeurs d’un autre temps, la contrebande entre la France et la Suisse était pratiquée jusqu’après la guerre par nos anciens. Moyen risqué, occasionnel ou professionnel, d’améliorer leur quotidien souvent précaire ; tabac, sucre, sel, jambon, miel, étoffes, et même parfois moutons et chèvres… tout cela en tentant de déjouer la surveillance des douaniers embusqués en montagne.

Grimpant dans la forêt en longeant un petit torrent, j’arrive rapidement sur le joli plateau de Barme, où la routine quotidienne de la traite matinale se termine. 

Tout au long du chemin qui mène au col, framboises et fraises des bois viennent raviver mes papilles entre deux en-cas. Un peu plus loin, ce sont les bosquets de myrtilles qui font chuter ma moyenne de marche !

Et puis le voilà, à 1920 mètres d’altitude. En plein vent, avec son ancien poste de douane planté là-haut, c’est le col de Cou.
Une borne en pierre matérialise la frontière. Les Dents Blanches et autres sommets alentours eux ne s’en soucient guère, mais moi, la symbolique me rattrape.
Chahutée par les bourrasques de vent qui tentent de dérober ma casquette, c’est comme une gamine que je pose les mains sur ce morceau de roc, petit pincement au cœur et larme à l’œil, après trois mois à gravir toutes ces montagnes pour finalement rallier mon petit pays natal. La sensation de revenir à la maison, bien que mon parcours soit encore loin d’être terminé.

En face, la Pointe de Nyon, vers laquelle je me dirige pour une longue descente vers Samoëns, avalée en toute légèreté. La météo redevenue clémente depuis ces derniers jours ajoute un cran de plus à mon humeur enjouée, semblant finalement offrir une atmosphère estivale qui se prolongera pour les deux semaines à venir.

Quand toutes les conditions – topographiques, météorologiques, physiques et mentales – sont réunies, le cheminement est un pur bonheur. « Bercée de tendre insouciance », je déroule mes étapes en toute sérénité.

Joie de pouvoir à nouveau parler en Français sur les chemins, en traversant les hameaux, et quand arrivent les pauses de fin de journée. Échanges de banalités ou de petits morceaux de vie qui retissent un lien humain un peu perdu ces derniers temps, du fait de la barrière de la langue allemande.
Joie également de retrouver sur ma carte des noms qui résonnent lors de mes préparations de topos. Tous ces sommets, vallées et passages montagneux présents dans les documentaires et livres que j’ai vu, entendu, lu, et dont je peux aujourd’hui prendre la mesure en réel.

A Samoëns, je fais la connaissance d’Alex, un Allemand qui suit le GR5, de Thonon-les-bains à Nice. Nos étapes suivantes sont similaires, la Via Alpina empruntant le même parcours, et nous aurons l’occasion de nous revoir à quelques points de passage, échangeant sur les traditionnels sujets entre randonneurs ; parcours, matériel et nourriture!
Je retrouve avec amusement cette petite « rigidité » allemande dans certains détails, comme le fait de l’entendre me dire « j’attends encore un peu avant de diner car il me reste trois heures avant d’aller me coucher » … moi qui ai abandonné tout fuseau horaire, me laissant bassement diriger par mon estomac pour le timing des repas et par mon cerveau pour les créneaux de repos !

Marchant le long du Giffre, jolie rivière bleutée qui court le long de la ville, je remonte dans les alpages par les chalets puis le lac d’Anterne. Un beau dégradé de couleurs s’étend entre roches minérales, prairies marécageuses et forêts.

Après un mois d’août marqué par une quasi exclusivité de troupeaux de vaches, c’est avec plaisir que je retrouve la mélodie plus légère des sonnailles de moutons, qui s’étalent largement des deux côtés de mon sentier.

Mais qui dit moutons… dit patous, ces gros chiens de montagne chargés de leur protection. Sachant qu’il est toujours déconseillé de passer au milieu d’un troupeau, perçu comme une menace potentielle, c’est avec une petite appréhension que je me faufile parmi les brebis. En le cherchant des yeux, je finis par voir un peu plus haut une grosse boule de poils blanche, affalée de tout son long, pile sur mon tracé, en train de se faire un gros roupillon… A pas de loups, je prends soin de le contourner, de loin, sans même qu’il remarque ma présence !

Plus tard, au col, ce sera au tour d’un grand Berger d’Anatolie de croiser ma route, autre chien de protection originaire des pays de l’Est, de plus en plus utilisé face à la menace grandissante du loup.
A ce stade, lui fait plutôt face à un bouquetin, planté sur l’autre versant, dubitatif devant ce molosse en direction duquel il devrait aller pour rejoindre le reste de son groupe un peu plus loin…

Le bivouac du jour en contrebas d’un refuge annonce le début de nuits de plus en plus fraiches, souvent entre 0 et 5°C. Le vent glacial de fin d’après-midi fini par tomber en même temps que l’obscurité. Accalmie synonyme de nuit paisible, malgré un réveil à 1h30 en pensant que le jour se lève, alors que ce n’est que le reflet de la pleine lune sur ma toile de tente… l’occasion d’admirer la voie lactée scintillante, loin de toute lumière citadine artificielle.

Puis, paisible démarrage de journée par un versant Nord, avec le bonnet et la petite laine supplémentaires. La lune est encore visible alors que le soleil prend progressivement sa place, m’offrant une magnifique lumière sur le Mont Blanc, barré de légers nuages rosés.

Plus à l’Est, les Grandes Jorasses, autres arêtes renommées dans le monde de l’alpinisme. Et face à moi, dans la dernière partie menant au col, une étagne (bouquetin femelle) et son petit me toisent de loin. Au bout d’un moment, m’ayant a priori exclu de leur liste de menaces potentielles à la vue de ma vitesse de marche en ascension, je les vois s’allonger sur un replat, semblant profiter eux aussi du panorama matinal.

Je rejoins l’itinéraire extrêmement réputé du « TMB » – Tour du Mont Blanc. Au col du Brévent, la vue lui fait face, les nuages dévoilant furtivement son sommet, immense stature enrobée dans un épais manteau de neige.

A ce point de passage, c’est au moins quatre langues différentes que j’entends en quelques minutes. Et pour cause, tout en bas dans la vallée, c’est Chamonix, où a sonné hier le lancement du mythique UTMB – Ultra Trail du Mont Blanc.
Sommet mondial du trail, il s’étend sur une semaine et regroupe plus de 10 000 coureurs de 19 pays, créant une effervescence dans les rues de la ville et les environs, avec le passage sur les sentiers de nombreux randonneurs et trailers en tous genres. 

Sexy et stylée Chamonix. Berceau d’aventures, épicentre des amateurs d’outdoor. Un « El Chalten » à la Française.
J’y passe une journée et retrouve l’ambiance vécue plus en amont de mon périple à l’ultra trail de Cortina d’Ampezzo dans les Dolomites.
En bonus, le petit déj’ local que j’avais presque oublié ; french baguette, maxi chocolatine et jus d’orange pressé 🙂

Le lendemain, je remonte en altitude. Dans le hameau où débute mon parcours, un gros husky est posté en caméra de surveillance, assis sur une chaise de jardin, le nez au-dessus de sa palissade… on est loin de l’image habituelle du chien-loup hyperactif !    

Je quitte à nouveau la France pour repasser en Suisse. Peu importe le pays, les écureuils dans la forêt sont toujours les mêmes, pestant à l’identique lors de mon passage sur leur territoire…

Arrivée à Trient, un espace libre basique mais appréciable est dédié aux campeurs, avec une petite redevance collectée chaque soir par une personne de la commune. Il est encore tôt, et je profite du temps clément pour chiller au soleil.
Le berger un peu plus haut replie ses filets pour changer les parcs de ses chèvres, son chien sautillant autour de lui.
Petit à petit, des randonneurs arrivent, la grande majorité réalisent le TMB. Un anglais me partage ses options de bivouac sur les étapes à venir, fier de me brandir son bouquin du « World’s famous trek » et de m’énumérer tous les sommets qu’il a gravi du haut de ses 66 ans…  

L’étape suivante s’annonce « sportive », mais pas vraiment comme à l’habitude. Après un début de matinée paisible, passant le col de la Forclaz au-dessus d’une mer de nuages, des randonneurs qui arrivent dans l’autre sens m’indiquent que le départ de la course de 56kms de l’UTMB a été donné, et que les trailers de tête ne devraient pas tarder.
En effet, mon itinéraire passe par une partie de leur tracé, et je vais avoir l’occasion durant les trois heures suivantes de croiser les 1460 inscrits, du premier… au dernier !

Bon, mis à part le fait que j’ai failli me faire à peu près dix-huit fois une cheville en grimpant sur les rebords des sentiers pour laisser la priorité aux coureurs et ne pas freiner leur progression, l’expérience est vraiment belle !
Étant en sens inverse, je vois les groupes progresser dans les hauteurs, entourés par les nuages qui créent une petite ambiance mystique sur certains passages.

Ponctuellement, je les encourage d’un « Courage ! – Good luck ! – Forza ! ou Suerte ! » en fonction du drapeau sur leurs maillots…
Le trail est une discipline que j’admire et qui me tente depuis de nombreuses années, en phase avec les valeurs qu’elle représente et avec mon attrait pour le sport en milieu naturel.

C’est très intéressant d’observer d’aussi près la progression d’une course. Attitudes, foulées, souffles, gestion des appuis, de l’effort, de la souffrance. Les trailers de tête sont dans un état de flow total, une bulle de concentration extrême, focus sur leurs traces et paraissant annihiler tout ce qui est autour d’eux.

Les différences de niveaux évoluent au fur et à mesure du passage des coureurs. Sur la dernière partie du groupe, je souris à la réflexion de l’un d’entre eux qui, en me croisant avec mon gros sac à dos, dit à son coéquipier « je ne sais pas si je serais capable de faire de la rando comme ça sur plusieurs jours… ». Et moi qui, à l’inverse, pensais le trail inaccessible du fait de l’instabilité de mes genoux capricieux, je réalise que finalement, c’est peut-être le déclic qu’il me fallait pour me lancer… un objectif à ajouter sur ma bucket list 🙂

Retour au calme pour la fin de journée. Installant mon bivouac autour d’un petit refuge niché sur une prairie dans la forêt, je suis bien contente de boucler mes étapes Suisses sur une note plus authentique, savourant une dernière fondue.

Mon ultime étape dans ce pays m’amène quelques heures avant le col de la frontière Italienne.
Ma marche est maintenant bien rodée, et j’arrive la plupart du temps à boucler mes étapes plus rapidement que sur les indications signalétiques ou sur mes prévisions de topos. Arrivée avant midi dans un super petit camping tenu par un homme adorable, je n’aurais pu rêver meilleur endroit pour profiter de mes dernières heures locales.
Terrasse ensoleillée, grande pièce pour cuisiner, de quoi faire une bonne lessive et reposer mes articulations qui tirent un peu.

Le lendemain matin, je fais mes adieux définitifs au pays du Toblerone (que je continuerai malgré tout à consommer régulièrement en hommage…) en rejoignant l’Italie par le col du Grand Saint Bernard.
Montée finale sous un vent glacial. Arrivée là-haut à 11h. 2469 mètres. 2,5°C… Première fois que j’enfile ma doudoune pour randonner en pleine journée !

Ce très historique passage est une ancienne voie militaire, notamment empruntée au 19eme siècle par Napoléon Bonaparte, son armée de 40 000 hommes et ses 5 000 chevaux partis guerroyer contre les Autrichiens.

Sur un ton plus pacifiste qui leur est propre, les Suisses y ont, eux, créé depuis 1050 l’Hospice du Grand Saint Bernard, qui accueille et protège les pèlerins, voyageurs et randonneurs de passage.
Une communauté religieuse de Chanoines y réside à l’année, alliant prière et accompagnement des hommes sur leur route, qu’elle soit montagnarde et-ou spirituelle.

L’église y conserve un trésor dont certaines pièces sont exposées, offertes par des donateurs laïcs ou religieux ; tissus précieux, artisanat d’art, joailleries, sculptures, céramiques… Pièces d’art dont l’unique but est de « soutenir la prière et accompagner la démarche du pèlerin » car « le regard paisible et lumineux de Saint Bernard éveille notre humanité et nous invite à cheminer en quête du trésor véritable».

En dessous, reposent dans une morgue aujourd’hui murée les corps momifiés par le froid de deux cent personnes qui n’ont a priori pas trouvé de trésor véritable, mais ont perdu leur vie en montagne…

Et puis, le lieu est également à l’origine de la célèbre race Saint Bernard, élevés depuis 1800 sur ce col par les Chanoines, entretenant la tradition des chiens d’aide au sauvetage en montagne.

De l’autre côté, les degrés remontent à mesure de ma descente pour mon plus grand plaisir. Bienvenue dans la vallée d’Aoste !
Un saut en navette dans la jolie ville du même nom pour une découverte rapide du vieux centre, un petit ravitaillement et une grosse glace, et me voilà de retour un peu plus haut dans un typique petit village sur mon itinéraire.

Samedi 28 aout
Trois mois tout pile que j’ai commencé à marcher. Alors quand Lorenzo, italien venu faire de la rando dans le coin et séjournant dans mon camping, me propose une virée à Courmayeur, c’est avec bonheur que je savoure mon premier mojito estival pour fêter ça en bonne compagnie!

Trois mois au cours desquels je me rends compte à quel point mon corps a muté, et s’adapte chaque jour aux efforts conséquents que je lui impose. Chaque semaine, je veille à élaborer mes topos en y intégrant des temps de repos, ou des étapes plus légères après une accumulation de forts dénivelés.
La gestion des signes ponctuels de fatigue n’est pas à prendre à la légère sur ce type de distances, pour éviter toute blessure ou incident de parcours tellement vite arrivé…

Et, malgré toutes les précautions, l’usure progressive semble inévitable. De petites douleurs quotidiennes, plus ou moins chroniques, qui me rappellent l’accumulation des kilomètres ; les tendons d’achille qui tirent, une épaule qui s’inflamme, un faux mouvement en rotation du genou qui a dû déplacer quelques nerfs dans une jambe, une mauvaise position figée dans mon duvet qui coince un psoas…
Ajoutant à cela le froid qui brûle de l’énergie même au repos, et un régime alimentaire un peu bancal, l’organisme est constamment soumis à rude épreuve.
Néanmoins, avec un peu de repos et de recul, je me surprends chaque jour de la capacité de régénération du corps humain, véritable machine dont nous sous-estimons bien souvent le pouvoir.

Dans cette région, le temps semble s’être figé, comme suspendu en altitude. Des petits hameaux en vieilles pierres, surplombés de nombreux châteaux, et les traces d’un passé français encore très présent. Le climat y est plus sec et ensoleillé, avec un vent imposant. Les sauterelles ont remplacé les limaces, leur grésillement me rappelant le Sud. 

Malgré cela, les nuits sont toujours plus fraiches. La transition de l’intérieur du duvet à la mise en route de la marche pique chaque jour davantage. En journée, j’ai la chance d’avoir le soleil avec moi, mais les températures restent de fin de saison. Le vent rafraichi en marche, mais refroidi instantanément à l’arrêt.

A Valgrisenche, l’un de ces petits villages perdus en montagne, je découvre une coopérative de tisserands qui valorisent à eux seuls toute une filière.
En lien avec les éleveurs de brebis, ils préservent une race locale en réalisant les tontes et en travaillant la laine par le tissage entièrement manuel de vêtements, sacs, couvertures et autres accessoires.
Une belle découverte alliant tradition et résilience pour ces métiers anciens.

Encore plus haut, perché à 2462 mètres, c’est le Lago Di San Grato qui me dévoile ses plus belles couleurs, enclavé parmi les massifs italiens, et entouré de quelques cascades qui s’écoulent depuis les glaciers.

Et puis, arrive l’heure de faire également mes adieux à l’Italie en passant le col du Mont qui, à 2639m, m’ouvre son panorama sur la France, empruntant la « haute route glacière ».
Sur le chemin j’y rencontre Gérard, dit « Popeye Gégé », retraité qui réalise lui aussi la Via Alpina, mais par portion d’un mois, depuis quatre ans.
Trois vautours fauves nous survolent alors que nous faisons une petite pause avant d’attaquer la descente qui mène au refuge.

De mon côté, j’installe ma tente à proximité, sur un promontoire offrant un replat parfait pour observer en toute quiétude le berger et ses vaches en contrebas, et le ballet de chasse des faucons crécerelles en contrehaut.
Je savoure pour quelques moments encore les rayons du soleil qui se sauvent chaque jour de plus en plus tôt, m’obligeant à me replier dans mon duvet tout en admirant les couleurs du ciel rougeoyant.

A 4h30, cette fois ce n’est pas le reflet de la pleine lune sur ma tente qui me réveille, mais celui des phares d’un pick up. Début de la première traite… respect à ces métiers également, alors que moi, petite randonneuse éphémère, je replonge pour deux heures de sommeil, emmitouflée jusqu’aux oreilles.

Ma redescente française se fait entre alpages, forêts aux sols moelleux, et stations de ski pour rejoindre Tignes.
J’y fais la connaissance de Nelly et Aurore, qui ont depuis cette année la gestion du camping municipal. L’occasion d’échanger sur leurs activités saisonnières en montagne, ainsi que sur leur passion pour les sports outdoor et les voyages que nous avons en commun.

L’une d’elles me conduit le lendemain à Bourg Saint Maurice, où je prends quelques jours de pause pour finaliser mon vaccin, dormir au chaud et me cuisiner de vrais repas.

Cela me laisse le temps d’arpenter les rues de la ville, et de visiter la coopérative laitière de Haute Tarentaise.
J’y découvre les secrets de fabrication du Beaufort. Sa stricte réglementation, ses subtilités d’hiver, d’été, d’alpages, et les efforts de 52 producteurs regroupés pour valoriser leur filière et leurs belles vaches Tarines et Abondances, deux seules races reconnues pour faire ce type de fromage.

Dimanche 5 septembre
Je rejoins le lac de Tignes pour reprendre mon itinéraire sous un grand soleil, ravie de partir à la découverte du Parc National de la Vanoise, que je vais traverser durant les prochains jours. Premier des dix parcs nationaux créés en France, c’est un véritable bijou sauvage, préservé de la patte humaine et de ses aménagements civilisés.

Son univers est brut et minéral. Totalement silencieux. Avec l’impression d’être une minuscule chose au milieu de ce décor grandiose, je passe aux pieds de l’imposant glacier de la Grande Motte, suivant les cairns qui balisent un semblant de sentier à travers les pierriers. A peine quelques fleurs poussent dans les rocailles de cet environnement austère, presque lunaire.

De l’autre côté du col, le vallon de la Leisse fait place à un paysage de lande alpine. Les couleurs du sol se transforment déjà vers des tons jaunes et orangés, annonce du changement de saison prochain.

Chaque semaine qui passe, les marmottes sont de plus en plus grasses, peaufinant leurs réserves pour leur hibernation à venir. 

La pluie qui s’invite de manière imprévue en fin d’après-midi m’incite à laisser la tente dans le sac et à opter pour une place au refuge de la Leisse, tenu par deux jeunes très sympas. Une dizaine de personnes sont là pour la nuit, chouette petit groupe pour partager une soirée autour du poêle à bois, dans un chalet où tout est prévu pour le confort des randonneurs de passage.

Après une nuit au chaud mais entrecoupée par les allers-venues et les ronflements de mes colocs ponctuels, je continue ma traversée du Parc, retrouvant cette sensation d’être totalement sortie de la civilisation.
Entourée d’imposants massifs proches des 4000 mètres au-dessus desquels le soleil tarde à s’élever, je croise un groupe de trois chevreuils, deux mâles et une femelle, qui détalent à toute vitesse à travers les bosquets.

Plus bas, dans un village, nouveau camping, nouvelle rencontre. Yoris, originaire de Bruxelles, effectue l’intégralité du GR5 et, à la différence de tous ceux rencontrés dernièrement, a démarré depuis le Luxembourg début juillet ! 

Le lendemain, au départ de mon étape, une gentille dame qui se rend à l’église m’interroge sur mon parcours du jour. Ma journée commence par 1400 mètres de montée pour rejoindre le col de la Vallée Étroite.
Elle me confirme de manière si charmante que je peux m’attendre à « quelques-petits-raidillons » en passant par « la-montée-du-calvaire-qui-porte-bien-son-nom ». EFFECTIVEMENT. « Douce France, oui je t’aime, dans la joie ou la douleur… »

Néanmoins, l’effort en vaut largement la peine. 1000 mètres plus haut, le paysage s’ouvre en panoramique dans des couleurs splendides, un grand ciel bleu face à moi, le Mont Thabor sur ma droite.
De l’autre côté du col, des tons plus verts et une descente dans une plaine traversée par une petite rivière, qui mène au hameau des Granges Étroites. 
Enclave italienne sur le territoire français, cédée à nos voisins au 18eme siècle, puis récupérée au 20eme, les habitants y sont néanmoins tous italiens, situation ambiguë mais a priori pacifique pour ce petit morceau de paradis alpin.

De retour en vallée en prévision d’une dégradation météo, je me réveille avec la mélodie matinale du chant de la rivière de la Clarée à quelques mètres, et de celui des petits oiseaux que je n’avais plus entendu ces derniers temps, peut-être eux aussi planqués à l’abri dans leurs duvets à l’arrivée du froid automnal…
Le temps brumeux m’incite à rester « en bas » aujourd’hui, longeant jusqu’à mon étape suivante cette même jolie rivière aux allures canadiennes. Sans les saumons. Ni les ours. Pas plus mal…

Jeudi 9 septembre
Pas de mieux côté météo, je vois se maintenir pour les deux jours à venir les nuages de pluie sur l’écran de mon téléphone.
J’en profite pour une pause citadine à Briançon, qui signera mon entrée dans un parc naturel régional qui m’est cher, car il est le premier que j’ai découvert dans les Alpes ; le merveilleux Queyras (sans prononcer le S pour ne pas heurter les oreilles des locaux…).
De là, une quinzaine d’étapes me sépareront de la Principauté Monégasque, point final de ma traversée 🙂

Thanks for following !

11 commentaires sur « « Douce France, cher pays de mon enfance » »

  1. Merci Maud j’ai voyagé un peu entre deux tétées nocturnes 😉
    Magnifiques photos, superbe article comme d habitude !
    Savoure bien ces dernières semaines! Bisous

  2. Salut Maude, Beaux paysages et belle montagne restée encore un peu sauvage en perspective ces prochaines semaines. Les Alpes du Sud sont un véritable écrin pour les randonneurs… à la hauteur de nos foulées en slovénie ou dan les alpes Carniques. Profite bien de ces quelques derniers jours.
    François

  3. Comme d hab …tu nous vends du rêve dans tes mots , dans tes photos…et surtout..surtout j ai toujours autant d admiration pour la belle personne que tu es…ne change rien…..mais reviens vite et pas trop cassée…😘

  4. Bien agréable d’entendre la douce mélodie de notre ami Charles, qui se glisse dans ton récit…cela te rapproche des étoiles de La Rochelle. Profite pleinement des richesses de notre merveilleuse France. Mille bisous.

  5. On prolonge un peu les vacances grâce à tes magnifiques comptes rendus : tes textes sont toujours aussi agréables à lire et les photos d’une qualité incroyable. Profite bien de tes dernières étapes ! Bisous

  6. coucou ma Maud

    elles sont magnifiques toutes tes photos ! mais j’ai mal aux jambes pour toi gros bisous et bonne fin de route

    Envoyé à partir d’Outlook

    ________________________________

  7. Magnifique ! Ta prose est toujours aussi agréable à lire et les photos sublimes. Profites bien des belles couleurs d’automne et de la beauté qui t’entoure, sans oublier les myrtilles (les crêpes suivront…) et autres agapes de mère nature. Bonne continuation. Bises iodées

  8. Superbes tes photos prises dès potiron-minet, avec ses couleurs rosé-violet. Tu as de la chance de t’offrir ces moments rares. Ou plutôt, tu te donnes la chance! Les efforts et la volonté dont tu fais preuve ne sont vraiment pas à la portée de tout le monde. Bon courage, bonne continuation, et hâte de te lire à nouveau!
    PS: dans les nombreuses qualités du Beaufort, trouve-t-on l’aide à la perte de poids post grossesse?

  9. Ouiiii, je rattrape le temps a ne pas t’avoir lu et je plonge dans la news letter reçu ce jour…Merci toujours et encore pour tes récits full addicted et tes photos a m’en allumer les mirettes…

Répondre à François NOUGIER Annuler la réponse.